Imaginer et concevoir, élaborer et créer sont des points communs qui se retrouvent par exemple beaucoup en philosophie et en littérature. Balzac était par exemple reconnu comme étant un grand observateur et mettait régulièrement dans ses romans des considérations philosophiques. Ce grand écrivain, qui voulait être un peintre et un témoin de son époque, fait partie de ceux qui ont su créer des ponts entre ces deux matières. Le lien entre ces deux matières est moins mis en avant que la philosophie et la religion, la philosophie et la science ou la philosophie et l’économie ; et pourtant ce lien est omniprésent en philosophie et contient des auteurs qui ont su créer des ponts nombreux entre ces deux matières, comme Nietzsche et Sartre.
Les philosophes antiques ont théorisé les liens entre ces deux matières. Par exemple Aristote, dans les tragiques et la poétique, a théorisé des règles pour une meilleure expression de ces matières. Des théologiens et philosophes comme Saint Augustin ont théorisé les limites à donner à l’esthétique. La littérature a connu une renaissance qui a été contemporaine à la philosophie. Des auteurs comme Ronsard ou Marot ont été contemporains de Montaigne par exemple. L’émergence du théâtre, par exemple, avec des grands écrivains comme Molière, Racine ou Shakespeare, ont été contemporains de grands philosophes comme Descartes ou Spinoza. Un auteur comme Voltaire montre aussi une combinaison entre philosophie et littérature. L’objectif de vulgariser au maximum des idées philosophiques a pu aussi se faire par le biais de romans. Le XVIIIème siècle a été une période qui a su mêler les deux matières pour pouvoir mieux diffuser les idées des Lumières.
Les écrivains engagés et les philosophes ont aussi connu des rivalités. C’était pas exemple le cas entre Hugo et Marx. On peut donc voir que cette opposition entre un écrivain engagé et un idéologue peut avoir un impact réel. Dans cette idée la littérature est un moyen de toucher un public large : par exemple Zola a su le faire avec son grand roman Germinal. De la même manière Flaubert, dans son roman Madame Bovary, dénonçait l’ennui de la vie « petite bourgeoise » de province. Cette remise en question de cadres de vie assez étroits est aussi un moyen de nourrir des thèses philosophiques. Elles ont alimenté des oppositions au système dominant à l’époque par des socialistes utopistes comme Fourier ou Saint Simon, des anarchistes comme Proudhon ou des marxistes comme Marx. L’impact idéologique de la littérature ne doit pas être sous estimé, et le XIXème siècle est un exemple de ce que des grands écrivains ont su apporter de positif dans des causes qu’ils défendaient.
On peut trouver dommage que la philosophie et la littérature ne soient pas assez associés. On parle plus de philosophie politique, de métaphysique ou de philosophie des sciences par exemple. Or la littérature a eu des réels impacts que de nombreux philosophes auraient souhaité avoir : par exemple Camus a évoqué le fait qu’un des meilleurs moyens de s’engager philosophiquement est d’écrire des romans. Par ailleurs, la littérature, qui est avant tout le terrain de l’imagination, est capable de repousser les limites du rationnel. Par exemple le penseur du XVIIème siècle Cyrano de Bergerac a nourri des idées chimériques qui ont au final conduit à une réalité, celle d’aller sur la Lune. Verne a contribué également, en racontant des aventures extraordinaires, à aller plus loin dans des conquêtes scientifiques.
C’est pourquoi la philosophie et la littérature sont complémentaires et peuvent grandement s’allier l’un à l’autre. Une des raisons de l’influence de Sartre au XXème siècle est d’avoir su combiner ces deux matières pour toucher un large public. Cette combinaison peut être sous estimée alors qu’elle a un grand potentiel pour permettre à de nombreux engagements d’avancer