La philosophie et l’économie, des nombreuses théories sur l’Etat

Un sujet commun à la philosophie et l’économie est la question de l’Etat. Ces sujets sont majeurs dans ces deux matières. Le fait qu’une partie des grands économistes soient philosophes aussi n’est pas anodine. Elle est liée au fait que la réflexion sur le rôle de l’Etat est évoquée. Hume, Smith ou Marx ont mêlé les deux disciplines et ont eu une influence majeure sur la vie politique. L’économie étant une matière récente par rapport à la philosophie, son champ d’action est plus centré sur le rôle de l’Etat à partir de l’émergence du capitalisme moderne. Mais il ne faut pas oublier que l’économie et ses théories ont de nombreuses origines philosophiques : cela se voit dans les conceptions de l’Etat qui ont été théorisées.

La philosophie politique a connu des grands débuts avec une grande rivalité entre Platon et Aristote. Platon, dans la République, théorisait que les philosophes dirigeaient la cité idéale. Les soldats et les esclaves sont également évoqués. On peut observer que Platon passe une partie significative de cette ouvre à détailler l’éducation des trois grandes classes de sa cité idéale. Il n’existe cependant pas de système de redistribution, de politique économique dans ce type de cité. En revanche la spécialisation du travail est beaucoup évoquée, qui va de l’art de l’artisan aux compétences demandées aux philosophes par exemple. Cette cité est cependant « isolée » du reste du monde : on ne parle pas d’échanges commerciaux ou de relations avec d’autres pays. Aristote, pour qui l’homme est un « animal social », a une idée que beaucoup qualifient aujourd’hui de « réformiste ». On peut considérer pour cette raison qu’il cherche un équilibre des pouvoirs, contrairement à Platon qui donne l’ensemble de ces prérogatives aux philosophes.

Pendant une longue période, en Occident, la philosophie politique a été liée à la religion. Pendant le Moyen Age la théologie était la seule matière qui pouvait être enseignée. En réalité l’apparition de l’économie politique a été liée au détachement de la philosophie vis-à-vis de la théologie. Le premier grand penseur à avoir contribué à créer la science économique est Hume. Son approche empiriste dans sa vision de « l’entendement », c’est-à-dire le fait que la perception de la réalité était liée à l’expérience, et sa reprise des idées holistes de l’époque présocratique, selon laquelle la réalité est chaotique, a permis de contribuer à mettre en place les premiers rudiments de la science économique. Si à l’époque des penseurs comme Mandeville ou Montesquieu ont contribué à la théorisation du libéralisme, c’est Smith à la fin du XVIIIème siècle, avec son livre majeur la richesse des nations, qui a théorisé la division du travail et le libéralisme économique. Cependant on peut voir que cette matière se détache de la philosophie, Smith ayant d’ailleurs été professeur de philosophie.

La combinaison de la philosophie et de l’économie a réellement été effectuée par Marx. Hegel, qui était à la fois pour lui une grande référence et un grand rival, a théorisé l’Etat comme une forme de perfectionnement de la métaphysique et une manifestation de l’Esprit, qui est pour lui ce qui est ce qui représente le mieux l’époque dans laquelle on vit en mettant en perspective par rapport au temps long. Cependant, Marx a voulu mieux réaliser la démarche de Hegel et « dépasser le maître » en réalisant ce temps long non par l’Etat mais par l’internationalisation, non en théorisant avant tout le droit pour mieux influer sur l’Etat mais l’économie. Du point de vue de la méthode, l’efficacité est plus grande. Marx a contribué à prouver qu’être idéologue peut avoir une véritable influence en étant internationaliste. Les jeunes hégéliens, par exemple, n’avaient pas réussi à réformer la Prusse de l’époque ; au contraire Marx a su ébranler le capitalisme international et le monde en général avec ses idées.

Cette combinaison de philosophie et d’économie a été reprise par Keynes. La vision de l’Etat veut tenir compte du fait que l’économie, pour lui, n’est pas à rapprocher des sciences. Keynes, qui était un mathématicien de haut niveau et a fait des théories des probabilités qui ont été des références, considérait que l’économie est à rapprocher des sciences humaines et pas des sciences dures. Sa vision de l’Etat était donc plus pragmatique que dogmatique mais avec une idée d’investissement à long terme qui peut être liée à la dialectique hégélienne et l’approche de ce philosophe du temps long. L’Etat stratège de Keynes a été repris avec succès notamment par Roosevelt pour surmonter la crise de 1929 et Xiaoping pour mettre en place le développement économique de la Chine qui se révélera plus tard un succès extraordinaire et peut être unique dans l’Histoire : en effet aucun pays n’a fait un tel chemin économique en 40 ans et a fait une telle ascension en si peu de temps.

La théorisation de l’Etat n’a donc plus été le monopole de la philosophie et de la théologie. Désormais l’économie et au sens large la politique évoque largement ce sujet. En revanche la philosophie peut aujourd’hui apporter une transversalité qui manque souvent dans notre époque sur spécialisée, comme le critiquait Ellul qui déplorait la société technicienne et l’absence de perspectives assez larges. Arendt a aussi évoqué la différence entre l’homo laborans et l’homo faber et le fait que la société ne favorisait pas assez l’homo faber, c’est-à-dire celui, contrairement à l’homo laborans qui travaille pour survivre, qui travaille pour œuvrer. L’Etat a aussi été pensé comme pouvant permettre de donner les conditions d’un meilleur épanouissement individuel. Marx a aussi pensé la fin de l’Etat et de la division du travail pour arriver en partie à cet objectif. Ces idées montrent que la combinaison de la philosophie et de l’économie peuvent garder une influence certaine pour théoriser les prochaines évolutions de l’Etat et de la penser à nouveau.

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