La guerre en Iran a montré un certain nombre de choses. L’échec de Trump est aussi celui de l’idéologie occidentale qui domine depuis les années 1980 avec le néo libéralisme de Thatcher et Reagan. Son logiciel idéologique n’a pas été capable de faire face à celui de l’Iran dont les méthodes sont celles du centre gauche. Il est possible de dire que Biden aurait probablement mieux réussi cette guerre contre l’Iran, il aurait par exemple peut-être créé une coalition internationale en respectant ses alliés et mieux attaqué le régime. En réalité la première gagnante de cette guerre est la Chine, qui a réussi à mettre au pouvoir les Gardiens de la Révolution, dont le modèle est plus proche de celui du régime de Pékin et qui donne à la Chine un très bon pouvoir d’influence au Moyen Orient, et a renforcé l’alliance Chine-Russie-Iran qui existait depuis plusieurs années.
Cette guerre montre aussi que le pétrole reste une matière importante. On parle de plus en plus des métaux rares et du Groenland qui est de plus en plus l’objet de rivalités. Les Etats Unis, mais aussi la Chine et la Russie se positionnent pour avoir le plus d’accès possible à ces matières qui seront peut-être stratégiques dans le futur. L’Iran a brillamment utilisé le détroit d’Ormuz pour menacer l’économie mondiale, a su montrer (peut être avec un malin plaisir) à ses voisins qu’il était plus fort qu’eux ce qui peut aussi avoir un impact à long terme que la Chine devra gérer. Mais le pétrole reste une matière première majeure : le détroit d’Ormuz montre l’importance du pétrole dans l’économie mondiale, la Russie a profité de cette guerre autour de cette matière même si des nouveaux problèmes sont apparus pour elle, la Chine est également très attentive à la question du détroit d’Ormuz. L’économie se situe dans une phase intermédiaire où les nouvelles technologies et les métaux rares ont une grande importance mais d’anciens éléments de l’économie venant du XXème siècle le sont aussi.
Cette guerre, qui est peut-être la première véritable guerre entre puissances du XXIème siècle, montre que la vision économique de l’Occident telle qu’elle a évolué est mauvaise et ne fait pas face à celle de l’Iran. Les Iraniens ont su utiliser par exemple des drones comme pouvoir de dissuasion, ont su utiliser des zones géographiques stratégiques et les contrôler, ont été capables par un jeu d’alliances avec les Hutis de menacer un autre grand détroit. Cela doit inciter à une remise en question de la vision du système économique dominant en Occident qui montre aussi l’échec du néolibéralisme. Trump n’est pas le seul responsable de cet échec, il en est vraiment un représentant mais il est un produit de ce système. La guerre en Iran est un avertissement de plus, avec par exemple la montée en puissance de la Chine inspirée du réformiste Deng Xiaoping qui contraste avec le relatif déclin de l’Occident, qu’il faut évoluer. L’Iran a aussi prouvé qu’avec des moyens largement inférieurs il était capable de contenir de nombreuses forces extérieures et qu’il a su aussi utiliser les nouvelles technologies plus intelligemment que les Occidentaux, ce que montre son utilisation des drones par exemple.
Les investisseurs ne peuvent pas ignorer ce signal très fort qui montre que l’économie n’a pas radicalement changé par rapport à la deuxième moitié du XXème siècle. Il y a des points communs avec la guerre du Kippour de 1973 de manière encore plus forte cette fois sur la question économique. Au final les meilleurs investisseurs sont les Chinois, qui auront probablement un accès privilégié au détroit d’Ormuz par des Gardiens de la Révolution qui leur seront redevables de les avoir mis au pouvoir.
Notre époque est également très intéressante car elle est intermédiaire entre deux époques, deux visions de l’économie dont l’une est centrée autour de la structure du XXème siècle, avec notamment le pétrole et son utilisation pour les voitures, les avions… et celle du XXIème siècle autour des nouvelles technologies et les métaux rares. L’Iran a mieux utilisé cette double face de l’économie avec comme symboles les drones et le détroit d’Ormuz. L’Occident, qui bénéficie de l’héritage de plusieurs siècles de grandes puissances, doit apprendre a mieux prendre en compte cette réalité. Le néolibéralisme a montré ses insuffisances c’est le moment de revenir sérieusement à des systèmes économiques plus humanistes et efficaces.